Eddy de Pretto ne veut pas en dire trop. Pourtant, ses chansons intimes sont limpides, directes, incisives. Il sort son EP Kid, porté par un clip audacieux.

Nous vous en parlions au cœur de l’été, quand Eddy de Pretto sortait son premier clip, „Fête de trop“. À la découverte de „Kid“, son deuxième titre, on s’est dit qu’Eddy et nous avions beaucoup de choses à nous raconter. Son disque est sorti ce vendredi 6 octobre, avec des textes percutants et un son fier qui abordent frontalement les questionnements d’une jeunesse contemporaine diluée : la mélancolie des fêtes, la drague sur les applications de rencontre, la permanence du patriarcat, la quête d’une identité propre. Discussion avec un jeune homme qui sait ce qu’il fait. TÊTU : Peux-tu retracer les étapes qui t’ont conduit à sortir Kid ce 6 octobre 2017 ?Eddy de Pretto : Ça a été long ! Au début j’ai dû travailler tout seul, je n’avais aucune équipe derrière moi mais j’avais l’envie de me produire sur scène. À force d’exigence, je me suis entouré de gens de plus en plus haut placés [notamment les producteurs de Booba, ndlr]. Aujourd’hui, on est une grosse équipe à avoir tout préparé que le Printemps de Bourges a été un tournant ? Pensais-tu pouvoir remporter le prix Les Inouïs ?Des groupes passés par là ont eu beaucoup de succès après, comme Christine and the Queens. Mais d’autres ne sont plus du tout connus ! Ça a été comme un tampon qui m’a surtout donné une énorme visibilité dans le milieu professionnel : „Ah, Eddy il faudra faire attention à ce qu’il fait“. Après, savoir si j’allais remporter le prix… Je déteste perdre. Au fond de moi, je savais que j’allais sont les artistes qui t’inspirent sur scène ?Je pense à David BowieFrank OceanFreddie Mercury. Remarque, Frank Ocean est assez sobre sur scène. Mon interprétation est très liée au corps, la scène est sacrée pour moi. Je ne peux pas arriver comme un rappeur à la PNL qui fume son joint en s’en foutant de son public. J’ai besoin d’avoir un énorme quatre chansons, tu abordes l’excès de sorties et la mélancolie qui va avec, le patriarcat, la solitude des applis de rencontre et les classes sociales… Il parait que dans une ancienne chanson (introuvable depuis), tu avais écrit „Normal“ sur l’’homophobie ?J’avais une colère vis-à-vis de gens qui m’attaquaient parce qu’ils n’aimaient pas la personne que je pouvais représenter. Mais j’ai un album prévu pour début 2018 : elle reviendra, cette chanson ! En attendant, j’avais envie de commencer par ces quatre morceaux. J’ai mis en travaux les anciens morceaux que j’avais fait en solo pour les ressortir mieux travaillés…Ton écriture est ciselée et précise, entre la chanson française classique et le rap. Comment travailles-tu le texte ?Je mets longtemps à écrire mais je ne retravaille pas. Je retouche énormément sur le moment. Ce sont des thèmes qui macèrent, qui fécondent et qui sortent le jour où ils ont envie de sortir. Je fais des collages de choses que j’avais déjà écrites, dans le métro, sur mon portable… Sur le sens, j’essaie d’être le plus précis et direct. Il faut que ça me touche.C’est toi qui as imaginé la mise en scène du clip de „Kid“ ?Oui ! Ça me plaisait, la salle de sport. Je trouvais que c’étaient des codes qu’on n’avait pas trop vus en France. Le paradoxe entre mon corps frêle et l’attente d’un corps musclé me dis que tu aimes bien „la nouvelle esthétique du moche“. Qu’est-ce que tu entends par là ?Ça ne concerne que l’image, la manière de s’habiller. Un tee-shirt blanc, un jogging random et des chaussures bateau, ça peut faire un look génial pour peu qu’on le décrète. C’est l’idée de casser le trop bien apprêté. On le retrouve dans „Fête de trop“, je voulais juste qu’on voie ma gueule de manière frontale, dans une salle-de-bain, et point. Dans „Kid“, c’est un peu plus léché et contemplatif. Je voulais créer une figure d’Apollon raté, malgré chanson fait étonnement écho aux disputes sur les études de genre en France. Est-ce que tu penses que ces débats à tort et à travers ont inspiré ta chanson ?Je ne pensais pas que „Kid“ aurait un tel écho chez les féministes. J’ai eu des tonnes de mail encourageants. La chanson est plus politique que je ne le pensais, pour moi il ne s’agissait que de mon histoire personnelle. Celle de mon père qui me disait : „Cours après les ballons et joue aux voitures“.Certaines féministes disent que c’est à présent aux hommes de faire leur révolution. Tu es d’accord ?Oui, j’entends totalement. Ça me plait cette idée-là. Je suis confronté à la virilité dans la rue, l’image des hommes est cantonnée à des choses qui datent de trop longtemps. C’est encore une bataille personnelle pour moi. Le jour où les hommes se seront détachés de ce qu’ils sont censés représenter dans la famille, dans la société, on aura réussi. Mais il y a encore du chemin à faire car pour le moment, ce sont principalement les gens qui s’intéressent à ces problématiques et les gays qui l’ont parcouru !Tu termines ta chanson par ce pied-de-nez que tu répètes : „Mais moi, je joue avec les filles“. Pas mal de nos lecteurs pourront se reconnaître là-dedans !J’ai écrit cette chanson pour TÊTU (rires). J’avais des copines et je préférais tout simplement jouer à la poupée avec ma voisine plutôt qu’aller jouer au ballon avec les garç parles de la drague entre garçons. As-tu un autre exemple dans le rap d’une chanson qui aborde le thème aussi clairement ?Non ! Dans la chanson je pense à Etienne Daho, mais il n’est pas aussi clair que ça… C’est lui qui a le plus touché ces codes-là. Je ne vois pas. Tu vois, toi ? Je fais une petite révolution de la chanson française (rires) chanson est à charge contre ton père. Comment l’a-t-il reçue ?C’est une réponse à toute ma jeunesse et mon adolescence où on m’a obligé d’être dans quelque chose que je ne voulais pas. Quand j’ai écrit „J’accélérerai tes rides“, j’avais la rage mais je trouvais aussi cela joli. Je ne sais pas si mes parents reçoivent et comprennent cette violence. Ils écoutent mais n’entendent pas. Ça doit être assez dur d’entendre son fils unique dire des choses comme ç „La Jungle de la chope“, tu chantes „avec ou sans capote“. Est-ce que selon toi ta génération se protège moins ?C’est une réalité. Quand je rencontre des gens, c’est plus moi qui dis „On met la capote“ que l’autre. Moi je suis très regardant là-dessus mais j’ai remarqué que beaucoup de gens s’en foutaient. Je ne sais pas si c’est un problème de prévention, d’avancées médicales… C’est une question qui m’a toujours un peu taraudé quand je vois que pour certains ce n’est pas tout cas il ressort de cet EP que tu as besoin d’exprimer des choses. La „musique cosmétique“, purement esthétique, ça ne t’intéresse pas ?Je pense que je ne ferai jamais des choses pour la forme. J’ai besoin d’être touché. La seule pour moi qui ait marché en étant un peu „cosmétique“ c’est Christine and the Queens car il y a une réelle incarnation. Les autres, je ne comprends pas trop ce qu’ils disent. L’EP Kid est disponible chez Initial/Universal. À LIRE AUSSI :

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About

Eddy de Pretto a 25 ans (est né le 2 Mai 1993) à Créteil en France, et c’est un artiste LGBT.

Ses chansons parlent de thèmes modernes, et une de ses chansons lgbt engagés se nomme Kid, une histoire où il reprend les propos de son père, homophobe

Eddy de Pretto a un style assez particulier, et fait de la chanson française ainsi que du rap.

„Je ne suis pas militant. Je n’ai pas envie d’être porte-drapeau. J’ai juste envie de raconter ma vie, ma réalité“

„J’essaie de parler de mon histoire personnelle et de la normaliser le plus possible. Et pas la mettre en avant pour dire que je suis le premier pédé qui lie le rap et la chanson française.“

Il a pris des cours de chant ainsi que de théâtre et du piano, dès l’âge de 12 ans. Il s’est exercé au cinéma et a joué dans quelques publicités, en incarnant Jules César pour Canalsat par exemple ou encore il a joué dans Paulette, film datant de 2013 de Jérôme Enrico.

Il a sorti son premier EP le 6 octobre 2017 et a participé aux Victoires de la Musique.

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